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Découverte de 91 photos de la première guerre sino-japonaise (1894-1895) dans le fonds ASEMI

En mars dernier, un véritable petit trésor a été découvert dans un casier oublié du fonds ASEMI : 91 photographies enroulées dans une boite minuscule.

Elles ont immédiatement été identifiées comme étant des photographies de la première guerre sino-japonaise (1894-1895), prises par le Français Georges Bigot (1860-1927), qui a couvert ce conflit aux côtés de l’armée japonaise pour le compte du journal anglais The Graphic. Bigot a vécu près de vingt ans au Japon, entre 1881 et 1899, et se trouvait donc à ce moment aux premières loges pour suivre le conflit, qui s’est déroulé en Corée et en Chine.

Groupe d’enfants coréens à Busan.

L’identification rapide a été possible car le fonds ASEMI conservait déjà 56 clichés de Bigot de cette guerre. Cette découverte porte le total que nous possédons à 147 photographies, sur environ 200 recensées. À notre connaissance, d’autres tirages de ces clichés n’existeraient qu’au Japon, au Kawasaki City Museum, qui posséderait la série complète (malheureusement détériorée suite à un sinistre).

L’inventaire complet de ces photographies est visible dans le magazine japonais 別冊太陽, dont un numéro de 1996 (ビゴーがみた世紀末ニッポン) est consacré à Bigot (populaire encore aujourd’hui au Japon) et dresse notamment un catalogue de ses clichés de la guerre sino-japonaise.

Extrait du catalogue établi par les Japonais.

Ces photographies sont issues du fonds hérité de l’ancien Musée des colonies ; elles font plus spécifiquement partie de la collection photographique du peintre Louis Dumoulin (1860-1924), qui était un ami de Bigot et qui a travaillé en 1895 pour le compte des Japonais sur une peinture intitulée Panorama de la guerre sino-japonaise (a priori disparue). Ces photos l’ont peut-être aidé dans la réalisation de ce panorama (cf. BEAL Julien. Le Japon dans l’œuvre et la collection photographique du peintre Louis Jules Dumoulin (1860-1924) : enjeux imagologiques, idéologiques et artistiques. Thèse de doctorat en Littérature générale et comparée, Université Côte d’Azur, 2021).

Groupe de soldats japonais prenant la pose devant un théâtre de Busan.

25 de ces photographies (toutes au format 10*15 cm) présentent des annotations manuscrites au verso, probablement de la main de Bigot ou de Dumoulin.

“Prisonniers chinois”

Il est à noter que ces annotations contredisent parfois les titres tirés du catalogue japonais. Par exemple, la photographie ci-dessous est accompagnée de l’annotation Concession japonaise à Tchemulpo, tandis que le titre donné par le catalogue japonais est 釜山の通り, soit “Rue de Busan”. Les titres de ce catalogue doivent probablement être des traductions des légendes en français accompagnant chacune des photos possédées par le musée de Kawasaki (on peut en apercevoir quelques-unes seulement sur leur site).

“Concession japonaise à Tchemulpo”

Deux autres curiosités à signaler : quelques-uns de nos clichés ne figurent pas dans le catalogue japonais, ce qui voudrait dire que Bigot aurait pris au total un peu plus de 200 photographies de ce conflit.

Enfin, une seule photo du lot est marquée d’un tampon au verso, indiquant “R. Konishi”, semble-t-il un fournisseur japonais de matériel photographique.

Portrait d’un groupe de Coréens. Cette photographie ne figure pas dans le catalogue japonais.
Le tampon “R. Konishi” est visible en bas à droite.

Les 91 photographies ont été numérisées et mises en ligne récemment sur la bibliothèque numérique d’Université Côte d’Azur, Humazur. Vous pouvez les retrouver dans la collection Corée. Pour toutes les photos sans annotation, nous avons choisi de donner le titre japonais, tiré du catalogue.

Armes chinoises capturées par l’armée japonaise à Pyongyang.

Autour d’Henri Bosco : voyageurs et expatriés en Afrique du Nord, textes et images:

11 juin 2021, BU Henri Bosco / CTEL

Journée d’étude organisée par Toufik HADJI,
doctorant en littérature générale et comparée, Université Côte d’Azur, CTEL

Autour d’une exposition sur “Bosco au Maroc” (collections patrimoniales de la BU Henri Bosco), préparée par Angela Maffre

S’évader pour quelques jours, pour quelques mois, voire pour quelques années, ou tout simplement partir, enfin, vagabonder, a toujours séduit les voyageurs occidentaux, « peut-être curieux ? ». L’Afrique du Nord qu’a connue Henri Bosco – le Maghreb (ou même la Berbérie d’antan ?) – semble avoir été une destination déjà prisée par les artistes dits « orientalistes » à partir du XIXe siècle. Comme Henri Bosco (1888-1976) qui résida au Maroc de 1931 à 1955, y enseigna jusqu’à la fin de la guerre, y écrivit la majeure partie de son œuvre  tout en faisant de nombreux voyages en Algérie et Tunisie, Louis Riou (1893-1958) a vécu au Maroc de 1931 à 1945 : il y devient même professeur de dessin. Raconter donc son séjour coïncide avec son besoin intérieur. L’écrivain assoiffé et émerveillé ne se limite pas seulement à l’écriture : il va relier l’écriture et l’image. L’image vient, par conséquent, faciliter la transmission et pourrait éclairer des récits écrits potentiellement incompréhensibles pour le public. Mais en analysant des récits de voyage en Afrique du Nord, on s’aperçoit qu’on ne peut se contenter de ne parler que de l’orientalisme, entre le XIXe et le XXe siècle. Quelle évolution a-t-elle eu lieu entre les œuvres d’Eugène Delacroix (dont les croquis de voyage sur le Maroc en 1832 sont soigneusement conservés au musée du Louvre) et celles d’Henri Bosco (dont les dessins et photographies sont déposés dans les fonds patrimoniaux de la bibliothèque universitaire de la faculté de lettres, Université Côte d’Azur) ? Comment le cliché a-t-il changé ? Si Henri Bosco décrit par exemple dans Des Sables à la mer [1950] ce qu’il voit du Maroc, il ne cherche pas forcément à commercialiser ses œuvres ni à s’inscrire dans le mouvement orientaliste. La passion de l’écrivain voyageur ou expatrié pour l’art de la photographie, du dessin, de la peinture et de l’aquarelle nous rappelle qu’il existe un autre désir de réappropriation du réel, et que ce même voyageur cherche finalement à exprimer cette réalité avec ses propres moyens. Comment les voyageurs de cette génération du premier XXe siècle, comme Bosco, ont-ils cherché à rendre compte du pays qu’ils voyaient ? Comment l’image s’est-elle glissée devant le texte, la photo devant l’aquarelle ? Comment la description du pays peut-elle se réaliser en dehors de l’expression des sensations personnelles, pour atteindre une forme dépouillée de l’objectivité photographique, même par l’écrit ? Bosco est-il comparable à d’autres écrivains-voyageurs de sa génération ? Quels rapports a-t-il entretenus avec eux (Riou, …) ? Comment l’image du pays change-t-elle pour le voyageur d’occasion et le résident au long terme, comme l’a été Bosco au Maroc ? Pour répondre à ces questions sur la relation entre texte et image dans le récit de voyage français en Afrique du Nord, on pourra se détacher du « je » traditionnel, sans le négliger, pour évoquer un « nous » exprimé sur l’image, puisque le voyageur relate aussi une histoire « im-personnelle ».  

Pour suivre les travaux à distance: lien zoom de la journée